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Bourges-Bazar

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Des mots, des photos, des infos ... par Alain Fourgeot


Le barrage du moulin ne serait pas arasé...

Publié par Alain Fourgeot sur 20 Avril 2021, 19:10pm

Catégories : #Environnement.Eau

Le barrage du moulin ne serait pas arasé...

C'EST SAUVABLE ! Voilà longtemps que le sujet fait des remous ! Le barrage du Moulin de la Chappe, dont l'arasement est dans l'air (et le courant) depuis des années, va-t-il être sauvé grâce à un amendement voté par l'Assemblée nationale début avril ?  Possible, probable... On croise les doigts.

Rappel des faits. Ce projet d'arasement fait suite à la Loi sur l'Eau de 2006 que l'Agence Loire-Bretagne est chargé d'appliquer et que le Syndicat intercommunal pour l’aménagement des bas­sins de l’Auron, l’Airain et leurs affluents (Siab3A) est chargé de le mettre en application.

Le Code de l'environnement édicte dans son article L214-17 « l'obligation du transit sédimentaire et de la libre circulation des espèces piscicoles ». Traduction : les barrages doivent être rendus franchissables par les sédiments et par certaines espèces de poissons sous peine d'être arasés... Voilà donc ce qui était prévu pour le barrage du moulin de la Chappe dans le cadre d'un vaste plan d'aménageant des différents cours d'eau, l'Auron, l'Airain et leurs affluents, dans un périmètre incluant pas moins de cinquante-cinq communes, dont Bourges... 

Avant même l'ouverture d'une enquête publique, l'Association pour la réouverture du Canal de Berry s'était saisie du dossier. C'est elle qui a alerté les pouvoirs publics sur les conséquences jugées néfastes d'un arasement du barrage et de ses conséquences écologiques mais surtout économiques et patrimoniales. À l'époque, André Barre, le président de l'Arécabe, expliquait que « si l'on démolit ce barrage, la conséquence directe est de voir le lac qui s'est formé autour du moulin disparaître. Et si le moulin se retrouve sur un terrain asséché, il va disparaître lui aussi ! » Car le bâtiment, datant du XIIIe siècle, construit sur des piliers bois qui ne doivent en aucun cas être à l'air libre,  est d'une extrême fragilité. « Il n'est pas question pour nous de nous opposer pour le principe à cet arasement, ni de contester la continuité écologique de l'eau souhaitée notamment par l'Agence de l'eau, soulignait encore André Barre. Nous considérons qu'il existe d'autres solutions moins coûteuses* et permettant de préserver le moulin de la Chappe qui fait partie du patrimoine de Bourges et qui est en plus une entreprise qui fonctionne à plein. » À savoir la minoterie Grosbois. Dans la foulée, l'Arécabe avait lancé une pétition signée par plusieurs milliers d'amoureux de ce moulin, qui a, depuis, subi des travaux pour laisser apparaître sa magnifique roue.

Et il y a donc du nouveau ... avec l'adoption par l'Assemblée nationale de cet  amendement  excluant la possibilité de détruire les ouvrages de moulins dans le cadre des obligations de continuité écologique. Une victoire pour tous les opposants à la destruction des barrages. « C'est le fruit de notre travail conjoint, de notre union avec la FDMF (Fédération des moulins de France) et de l'ARF (Association des riverains de France) » explique Pierre Meyneng, le président de la Fédération des associations de sauvegarde des moulins,  qui précise que l'amendement avait été déposé ... cinquante et une fois par tous les groupes à l'exception du... Modem. Soixante-dix neuf députés ont voté pour l'amendement quand soixante-dix autres ont voté contre, ces derniers suivant ainsi l'avis du ministère... Pas vu, sauf erreur ou mauvaise vue, les noms des députés du Cher parmi les vingt-et-un députés Marcheurs** qui ont voté pour ... 

Cet amendement vise à définitivement exclure la possibilité de financer la destruction des retenues de moulins  et d’orienter les financements publics, « non plus vers une continuité écologique destructive mais une continuité écologique de conservation et de valorisation ». Reste maintenant aux sénateurs à se prononcer. Les défenseurs des barrages croisent les doigts.

Si le texte est définitivement adopté, si l'arasement est définitivement  abandonné, restera le problème de la passe à poissons, qui devrait être construite côté boulevard Juranville et dont le coût était un temps estimé à 200.000 euros voire 250.000 euros. La question étant : qui va payer ? Et là commence un autre imbroglio... Car la Ville ne semble pas décidée à sortir le carnet de chèques des finances locales au prétexte qu'elle ne serait pas propriétaire de cette zone, ce que conteste le propriétaire du moulin, Xavier Grosbois ... Les plus vieux d'entre nous se souviennent qu'en lieu et place du petit jardin, situé légèrement en amont du barrage, se trouvait jadis un pâté de maisons dans lequel se trouvaient des bains-douches, contigus à un troquet répondant au nom du Pénalty, lequel devint plus tard un bar à jazz, le Black Swan - qu'on a beaucoup fréquenté ! Il y a, à la louche, une quarantaine d'années, la ville achetait cet îlot afin d'agrandir le boulevard et le déversoir... « dont une partie lui appartient donc » explique Xavier Grosbois qui se réjouit du vote de l'amendement cité plus haut tout en attendant la suite ...du feuilleton qui pourrait connaître encore plusieurs saisons. 

* Le coût de l'arasement était estimé à l'époque à 600.000 euros.

** François Cormier-Bouligeon, le député Marcheur de la première circonscription du Cher, dont je n'ai pas trouvé le nom dans le décompte du vote final, a commenté ce post sur FB pour signaliser qu'il avait été « très sensibilisé »  voici plusieurs mois par l'association qu'il avait d'ailleurs reçue à sa permanence. « Je connais le moulin de la Chappe depuis mon enfance et j'y suis très attaché, poursuit-il, j'ai d'ailleurs plusieurs autres moulins dans la circonscription. C'est pourquoi j'ai contribué à amender ce texte de loi. L'un des amendements dont j'étais le premier signataire a été adopté. » Cet amendement dans.. l'amendement a permis d'insérer dans l'article 19 un paragraphe stipulant que ne peut pas être mis en cause l'usage actuel ou potentiel des barrages, en particulier aux fins de production d'énergie et que « s'agissant plus particulièrement des moulins à eau, l'entretien, la gestion et l'équipement des ouvrages de retenue sont les seules modalités prévues pour l'accomplissement des obligations relatives au franchissement des poissons migrateurs et au transport suffisant des sédiments à l'exclusion de tout autre et, notamment, de celles portant sur la destruction de ces ouvrages ». 

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