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Bourges-Bazar

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Des mots, des photos, des infos ... par Alain Fourgeot


Une île, entre ciel et eau et... des friches !

Publié par Alain Fourgeot sur 21 Juin 2021, 16:21pm

Catégories : #Marais de Bourges

Une île, entre ciel et eau et... des friches !

C'EST MARAÎCHER ! Il y a maintenant un peu plus de vingt ans, j'ai acheté un jardin au bord de l'Yèvre, dans les marais d'en-haut. Une belle parcelle. En forme de proue, plantée de nombreux fruitiers, dotée de deux cabanes et d'un bateau baptisé Moustique qui est devenu le nom de cette île certes moins tropicale que celle qui accueille, dans les Grenadines, milliardaires et têtes couronnées ... mais tout aussi paradisiaque.

 À l'époque, dans ce coin des marais classés, mon verger/potager était entouré de parcelles magnifiques. Des jardins à l'ancienne, au cordeau, regorgeant de fruits et légumes, qui nourrissaient famille et amis. Les "grands enfants" des marais, propriétaires depuis des dizaines d'années, entretenaient non seulement leurs parcelles, avec beaucoup d'amour et de travail, mais aussi les meilleures relations. Échanges de plants, de bons tuyaux, apéros partagés à l'heure de la cloche, en fin de matinée, déjeuners d'été aux sons d'un accordéon...  Bien évidement, à l'époque, les coulants étaient parfaitement entretenus, la jussie n'avait pas encore fait son apparition, les arbres, saules et aulnes, étaient taillés l'hiver et les grands feux des branches* étaient souvent l'occasion de réunions amicales autour d'une bonne bouteille et d'un bouffi fumé réchauffé sur les braises... 

Au fil des ans, le paysage a beaucoup changé dans les marais classés de l'Yèvre et de la Voiselle. Et tout autour de Moustique aussi, évidemment. Les maraîchers ont vieilli. Certains ont disparu. De l'autre côté de mon coulant, Marcel a été retrouvé mort sous ses pommiers par des voisins inquiets de ne pas le voir réagir à la cloche sonnant l'heure de l'apéro. Son grand jardin est depuis devenu une vaste pelouse entretenue par des amis pour qu'il ne devienne pas une friche. Itou, de l'autre côté. La parcelle d'un maraîcher apiculteur, usé par le temps, a été dans un premier temps reprise par un jeune permapote, puis abandonnée, les ruches données à un professionnel, ont été déménagées. Le terrain est depuis entretenue par le voisin... Plus près de mon île, un autre jardin a été vendu par son propriétaire nonagénaire à un "investisseur"... qui n'en n'est pas à sa première acquisition. L'homme achète des parcelles abandonnées pour tenter de les louer. Parfait.

Sauf que dans le cas présent, celle-ci n'a, pour l'heure, pas trouvé preneur. La parcelle est donc devenue une ... friche, les coulants sont encombrés de plantes aquatiques (voir les photos) tant et si bien qu'il devient difficile de naviguer avec les plates, d'autant que le néo-maraicher a trouvé le moyen de réduire de moitié la largeur d'un coulant en créant de nouvelles berges, avec des tôles, au prétexte qu'il en était le propriétaire... Et au mépris de la charte des marais.

Cette charte**, il serait bon que tout le monde la relise. Et que des moyens soient engagés pour la faire respecter. Elle stipule en effet que « l'eau est un bien commun des usagers du marais et sert de voie privilégiée de transport et d'échanges ». Que les « les usagers  garantiront partout la libre circulation de l'eau. (...) On s'interdira en particulier d'agrandir sa parcelle en comblant des fossés. On s'interdira de remblayer sa parcelle par l'apport de matériaux extérieurs au marais classés de Bourges.» 

Pour ce qui est des berges, la charte indique qu'elles seront « restaurées et entretenues selon les modes traditionnels d'intervention : battage, tunage, fascinage. Dans le cas ou des soutènements sont nécessaires, on favorisera la pose de palplanches ou la réalisation de fascines, celle-ci au moyen de pieux verticaux (acacias ou châtaigner) et de perches horizontales tirées du recepage des saules. (...) On proscrira les tôles. Le cas échéant, elles devront rester masquées, habillées par un rideau de palplanches ou de fascines.»

Voilà. Ce n'est qu'un exemple. Des cas comme celui-ci sont légions dans les marais classés de l'Yèvre et de la Voiselle. Et même si l'on note un léger regain d'intérêt pour le jardinage, les friches se sont multipliées ces dernières années, de plus en plus de coulants sont encombrés voire obstrués... Et il n'est pas sûr que l'avenir de ce « petit paradis vert »soit aussi radieux que certain(e)s l'annoncent...

* Feux tolérés en hiver jusqu'à cette année et interdits à partir du 1er novembre prochain par la nouvelle municipalité : On va broyer du noir !  

**On trouvera l'intégralité de la charte sur ce lien :  https://www.ville-bourges.fr/site/ecologie_charte-usagers-marais-bourges

PS: Il faudrait aussi évoquer les problèmes d'insécurité notamment au bout du chemin des Prébendes et place des Frênes. Les chemins étant facilement accessibles aux voitures, ces endroits deviennent souvent la nuit des ZAD ... très animées. Michel Melin a d'ailleurs plusieurs fois soulevé le problème auprès des élus, sans réponse... Voilà ce qu'il a notamment écrit : « L'été, le site des marais et les maraîchers sont victimes d'un certain nombre d'exactions et d'actes de vandalisme, souvent au cours de soirées arrosées dans différents secteurs des marais, voire même en pleine journée. Baignades dans des endroits interdits, insultes reçues, déchets et résidus de folles nuits étalés place des Frênes, piquets de barques arrachés, barques "empruntées" et endommagées, abandonnées sur l'Yèvre, etc. C'est malheureusement le constat de chaque début d'été sur des lieux particulièrement ciblés par les vandales, les Quatre-Pelles, le port des Échalottes et la place des Frênes. Patrimoine Marais a une fois de plus interpellé les services de polices à ce sujet en demandant une réelle présence sur les lieux en journée et en soirée. Patrimoine Marais demande à nouveau à la municipalité le remplacement de l'éco-garde, ce dernier étant parti dans une autre commune. C'est à ce prix que la sécurité et la sérénité des maraîchers pourra être assurée dans ce lieu classé mais vulnérable. » 

Une île, entre ciel et eau et... des friches !
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M
Le voisin-locataire mentionné n'est pas apparu dans le marais depuis pratiquement 9 mois...sans nouvelle..La barque mise à sa disposition par le propriétaire est au fond de l'eau aux Frênes.Nous avons prévu de la renflouer un de ces jours ...
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A
Je n’ai personnellement jamais vu le mystérieux locataire…
F
excellente analyse mais on s'accroche à y travailler dans nos marais qui ne demandent qu'à accueillir des jeunes tentés par une saine écologie
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D
Super ton article Alain
Merci
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