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Bourges-Bazar

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Des mots, des photos, des infos ... par Alain Fourgeot


Au cul la vieille, c'est le Printemps de Bourges!

Publié par Alain Fourgeot sur 18 Avril 2013, 17:07pm

Catégories : #Culture. Printemps de Bourges. Desproges.

Au cul la vieille, c'est le Printemps de Bourges!

En souvenir de ! A cinq jours du Printemps de Bourges, je vous propose de relire le discours que prononça en février 1987, Pierre Desproges, au Balajo à Paris, pour présenter le festival. Desproges est mort il y a vingt-cinq ans, un an après cette mémorable soirée...

« Monsieur le conseiller général du Cher, Monsieur le maire communiste de Bourges (comment peut-on ?) (1), Monsieur le président du conseil régional de la région Centre, Messieurs les politicards de droite et de gauche, Mesdames et Messieurs les professionnels honnêtes ou véreux du spectacle, Camarades artistes, vedettes ou ringards. Cher Daniel Colling, qui avez su faire du Printemps de Bourges ce qu'il est aujourd'hui, je veux dire un authentique et véritable bordel. A tous les amis de la musique de nègres et de la culture sous chapiteau, bonsoir !

En l'absence de Coluche qui a été retenu par un cercueil et de mon confrère Guy Bedos qui participe en ce moment même à la remise du prix Gauche-caviar à Laurent Fabius pour son livre Je m'ai bien maré à Matignon, en l'absence des rois du rire, c'est à moi, Mesdames et Messieurs, qu'échoit le redoutable honneur de présider cette grotesque mascarade promotionnelle et médiatique dont l'intérêt culturel n'échappera à personne ».

« En effet Mesdames et Messieurs, le Printemps de Bourges j'en ai rien à secouer, je hais le rock, je conchie la musique classique, le jazz m'éreinte et Jane Birkin commence à nous les gonfler avec ses regards désolés de mérou au bord des larmes». « J'ai reçu le dossier de presse de ce énième Printemps de Bourges. C'est avec consternation que j'ai pris connaissance du programme des réjouissances qui vont se dérouler chez les bouseux berrichons. Le croirez-vous : en dehors du mien, aucun des noms d'artistes tous azimuts qui défilaient sous mes yeux ébahis ne m'était familier ».

« Bien sûr, on relève dans cette liste, ô combien cosmopolite, les noms de vieilles célébrités du flon-flon pré-pompidolien comme Charles Trenet, le Fanon chantant, ou Gustav Mahler du Balajo munichois, ou ceux de quelques brâmeurs moribonds du gospel des fifties comme ce pauvre Ray Charles qui, lui non plus, n'est pas blanc-blanc dans cette affaire. Pour le reste, rien. Le désert, le néant. La boîte crânienne à Lalanne. Dans ces conditions, Mesdames et Messieurs, je vous le demande : pourquoi diable aller à Bourges ? ».

« Car enfin, que nous propose ce Printemps pourri, en dehors de ces spectacles nauséabonds ? Des expositions. Quelles expositions ? (je lis) A la Maison de la Culture, seront exposés les instruments traditionnels des musiciens du Berry. Quel Berry ? Richard Berry ? Claude Berri ? Jules Berry ? Strawberry ? Quels instruments du Berry ? La bombarde à six trous ? La Flûte à Pompe ? La cornemuse berruyère à souffler dans les chèvres ? Le tromblon chérois ? Allons-nous, amis Parisiens, qui sommes tous débordés par l'exigeante âpreté de nos tâches urbaines qui nous conduisent chaque jour au bord de l'infarctus et de l'illégalité, allons-nous tout quitter brutalement pour aller mirer des binious chez les ploucs ? Et qu'est-ce que c'est que ce village des sponsors ? Dont le dossier nous dit (je cite) : la nouvelle salle du festival abritera l'accueil professionnel. On y trouvera un tout nouvel espace "Le Village des Sponsors", lieu de rencontre privilégiée où se trouveront journalistes, artistes,partenaires du festival. Moi je veux bien. Mais qui nous dit que des capotes seront bien distribuées à l'entrée ? Alors ? Qu'aller faire à Bourges ? Dormir à l'Hôtel d'Angleterre, où, si j'en crois le dépliant local, les chiens et les handicapés physiques sont admis ? Coucher entre un paraplégique et un cocker, piètre consolation, n'est-il pas vrai, pour qui n'est ni zoophile ni suceur de béquille.

Non, chers amis culturo-dépressifs que seule la soif de sancerre a éjaculé du bureau, comme elle fait sortir le loup du bois, non, chers amis parasites venus vous goinfrer aux frais de la branche dure du groupe Vingt dioux la Marie, V'la les gars de Paris qu'arrivent, non nous n'irons pas là-bas, malgré le chant des sirènes qui nous crient aux oreilles, tels François Léotard (2) coursant la mère Duras (3) dans la rue Séraucourt : au cul la vieille, c'est le Printemps de Bourges ! »

(1) Jacques Rimbault (Parti Communiste) a été maire de Bourges de 1977 à 1991.

(2) François Léotard, ministre de la Culture du gouvernement de première cohabitation dirigé par Jacques Chirac.

(3) Marguerite Duras, notamment auteur de l'Amant.

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Commenter cet article

Bonavion 24/04/2013 11:18

C'était bien le temps où on méprisait le politiquement correct. Et où nous avions le chantre champion toutes catégories dans ce mépris...

Vierzonitude 23/04/2013 14:10

Ah si un politique tenait de tels propos....

Le Fellic 19/04/2013 21:39

Merci à toi, alain, d'avoir remis sur le devant de la scène ce petit bijou. Même quand on n'est ni zoophile ni suceur de béquille (S ?), on en salive

Hervé Le Fellic 20/04/2013 09:22

une signature qui ne rajeunit personne....

Alain Fourgeot 20/04/2013 08:45

Merci de suivre Bourges-Bazar, Hervé...Et bien sûr, cou-ra-GE !

mamina 19/04/2013 08:29

J'adore...

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