Les peignes, anciens pavillons des malades, sont à vendre : bâtiments à réhabiliter, précise l'affiche. Ah, bon !
C'EST ÉCOLO ! Voilà bientôt vingt ans, c'était en 1997, que l'hôpital militaire Baudens a fermé ses portes après cent dix-huit ans de bons et loyaux services... Il avait été ainsi baptisé ainsi, en 1964, en hommage à Lucien Jean-Baptiste Baudens, chirurgien rentré dans les annales médicales pour avoir réglementé l'usage du chloroforme. Une substance que nos décideurs utilisent eux-aussi, pour étourdir leurs électeurs... Ça s'appelle la langue de bois !
Trois ans après la fermeture de l'hôpital, dans le cadre des économies demandées au ministère des Armées, le président de ce qu'on appelait encore le Conseil général, par ailleurs maire de Saint-Amand, frère du PM-etc actuel de ladite ville, fait acheter par l'assemblée départementale ce site de cinq hectares, pour la modique somme de 2,4 millions d'euros. Son projet : y installer l'Hôtel du département. Une folie douce ? Un gouffre financier ? Ben oui... Au point où son successeur (lui aussi UMP) abandonne le projet et préfère acheter une des pyramides du GIAT (aujourd'hui Nexter) pour y décentraliser certains services du Conseil général, vidant un peu plus le centre-ville d'emplois tertiaires pourtant indispensables à sa survie...
En arrivant aux manettes du département, en 2004, la gauche hérite de tout ça. Et de Baudens, évidemment. Que faire de ce truc ? Mais oui, mais c'est bien sûr, un Écoquartier ! C'est dans l'air du temps, c'est subventionné, la gauche va montrer l'exemple, c'est l'avenir... La décision est prise en 2006.
Trois ans plus tard, le département repasse le bébé à la Sem Territoria, société d'économie mixte, dont l'actionnariat reste majoritairement public. Qui explique qu'il s'agit « d'un projet cohérent pensé à travers une politique de renouvellement urbain et de développement durable selon les préconisations du Grenelle de l'environnement ». Projet qui prévoit : un quartier en bois répondant à tous les critères écolos du monde, une résidence foyer logements, de petits immeubles abritant des logements sociaux, des terrains à bâtir, une cour d'honneur revisitée. Un quartier presque tout piéton, avec des arbres et des jeux. Des commerces aussi, une boulangerie, une supérette, une pharmacie, un bureau de poste... Un vrai quartier quoi, plein de vie et de cris d'enfants, un modèle qu'il faudra suivre, un quartier où il fera tellement bon vivre que tout le monde va vouloir y venir... Mais il faut des sous, des investisseurs. Ces derniers font la gueule... Les temps ne sont plus ce qu'ils étaient. Et pour investir il faut être convaincu que le projet est bon et qu'il va rapidement rapporter. Pas gagné ! D'autant que pour voir le jour, les commerces doivent attendent que soient terminés les immeubles abritant des logements privés dans les immeubles en bois, le long du boulevard... Appartements vendus sur plan et qui ne trouvent pas preneur. Et ce n'est pas le Prix national des écoquartiers, obtenu en 2011, qui change quoi que ce soit.
Et aujourd'hui, à la veille du vingtième anniversaire de l'achat du site par le département, on en est où ? Le quartier en bois est au tiers construit, un seul bâtiment « d'avant garde » sur les trois prévus, Pôle Emploi s'est installé dans le premier, au coin de la rue Ranchot, mais il semble que les appartements situés au dessus ne soient pas tous vendus. La Chambre des Métiers, quittant son site historique de la rue Moyenne, et vidant encore un peu plus le centre-ville d'emplois tertiaires, elle-aussi, a déménagé dans le bâtiment central, juste en face des immeubles sortis de terre et de la centaine de logements sociaux aujourd'hui habités. La résidence pour adultes handicapés de l'Adapt du Cher a ouvert en début d'année. Tout autour, c'est le vide, le chantier semble figé dans le froid de ce début d'hiver. Un tiers seulement de la superficie est occupée... Et l'original Jardin sous le vent porte bien son nom ...
Via des panneaux plantés aux quatre coins du parc, Territoria annonce que la commercialisation a repris. Les anciennes salles de soin, les peignes, baptisés « bâtiments à restaurer » sont en vente. Comme des terrains viabilisés, côté rue de l'abbé-Moreux, où est proposée la construction de maison en bois, derrière le mur qui, lui, n'a pas été démoli. L'ancienne maison du colonel et un appartement de fonction sont remis en vente pour en faire des appartements ou des bureaux... Mis en vente... ne veut pas dire vendus.
Et ça coûte combien tout ça ? Dans un numéro de Cher Magazine datant de début 2013, avant le changement de majorité et la réforme des départements donc, on apprend que « le montant global du projet bâti est de 3,4 millions d'euros, cofinancé par le Conseil général, l'État, la Région, la Sem Territoria. Ce montant n'inclut pas l'aménagement des espaces porté entre autres par l'Office public de l'habitat du Cher, France-Loire, l'Adapt ainsi que par les autres partenaires qui s'implanteront sur le site » . On les attend ! Hâte de ne plus voir cette dent creuse ...
