C'EST SENIOR ! Une partie de la friche de l'ancien hôpital militaire Baudens va bientôt être occupée par une résidence pour seniors. Énième épisode d'un des plus grands gâchis immobiliers de la ville.
L'affaire remonte à 1999, un bail ! Deux ans après son abandon par l'armée, le site de cinq hectares de l'hôpital est racheté par le conseil général, à l'époque présidé par Serge Vinçon (RPR), par ailleurs maire de Saint-Amand, pour 2,4 millions d'euros. Vinçon veut y installer l'hôtel du département. Un projet complètement fou. Et très onéreux. Son successeur à la tête du département, Rémy Pointereau (UMP), aujourd'hui sénateur, laisse tomber l'idée pour racheter l'une des pyramides du Giat, afin d'y décentraliser les services du conseil général. Une bien mauvaise idée, d'ailleurs, qui participa un peu plus à la désertification du centre-ville... Héritant du dossier après les élections de 2004, Alain Rafesthain (PS) décide en 2006* de céder le site à la Sem Territoria chargée de créer ici un écoquartier.
C'est quoi, un écoquartier ? « Un quartier en bois répondant à tous les critères écolos du monde, une résidence foyer logements, de petits immeubles abritant des logements sociaux, des terrains à bâtir, une cour d'honneur revisitée, écrivais-je dans Bourges-Bazar, en 2016. Un quartier presque tout piéton, avec des arbres et des jeux. Des commerces aussi, une boulangerie, une supérette, une pharmacie, un bureau de poste... Un vrai quartier quoi, plein de vie et de cris d'enfants, un modèle qu'il faudra suivre, un quartier où il fera tellement bon vivre que tout le monde va vouloir y venir... Mais il faut des sous, des investisseurs. Ces derniers font la gueule... Les temps ne sont plus ce qu'ils étaient. Et pour investir il faut être convaincu que le projet est bon et qu'il va rapidement rapporter. Pas gagné ! D'autant que pour voir le jour, les commerces doivent attendent que soient terminés les immeubles abritant des logements privés dans les immeubles en bois, le long du boulevard... Appartements vendus sur plan et qui ne trouvent pas preneur. Et ce n'est pas le Prix national des écoquartiers, obtenu en 2011, qui change quoi que ce soit. »
Et aujourd'hui ? Comme il y a trois ans... Le quartier en bois est au tiers construit, un seul bâtiment « d'avant garde » sur les trois prévus, où s'est installé Pôle Emploi, au coin de la rue Ranchot, mais il semble que les appartements situés au dessus ne soient pas tous vendus. La Chambre des Métiers, quittant son site historique de la rue Moyenne, et vidant encore un peu plus le centre-ville d'emplois tertiaires, a déménagé dans le bâtiment central, juste en face des immeubles sortis de terre et de la centaine de logements sociaux aujourd'hui habités. La résidence pour adultes handicapés de l'ADHAP du Cher a occupé un des anciens bâtiments. Depuis trois ans, les anciennes salles de soin, les peignes, baptisés « bâtiments à restaurer », sont en vente. Sur le terrain viabilisé, côté rue de l'abbé-Moreux, deux maisons individuelles sont sorties de terre... Voilà.
C'est nouveau, ça vient de sortir, que depuis quelques semaines, la friche attenante à l'immeuble en bois, a été cachée par des palissades sur lesquelles ont été installés des panneaux annonçant la construction d'une résidence services senior, une de plus, baptisée le Biloba, projet porté par le groupe Villas Ginkgos. On y annonce une maison de santé, une pharmacie, des commerces, une piscine pour les résidents... La date de livraison n'est pas précisée mais la commercialisation est d'ores et déjà ouverte. À partir de 125.682 euros... Mobilier compris !
* Yann Galut, le nouveau maire de Bourges, était à l'époque vice-président du conseil général.