C'est culturel ! Depuis quelques jours, on me demande ici et là si je ne suis pas parti en vacances, si je ne suis pas malade, bref, quelques uns de mes lecteurs s'interrogent sur mon silence dans le débat qui se poursuit à propos de la Maison de la Culture. Silence volontaire. Je ne suis pas encore parti en voyage... Et pourquoi donc ce silence, alors que, depuis plusieurs mois, depuis le début en fait, je commente, sur Bourges Bazar, les évènements liés à ce dossier ? Une des raisons principales est la suivante : je n'ai plus envie de mêler ma voix à cette cacophonie ...
Oui, j'ai soutenu la réhabilitation de l'ancienne Macu, oui j'ai écrit que je trouvais lamentable d'abandonner le site historique. Oui, j'ai affirmé que ce dossier était, depuis le début mal ficelé, mal préparé. Qu'on aurait pu sauver la Maison-Malraux. Oui, je pense toujours que nous sommes devant un immense gâchis lié, notamment, à un problème d'ego entre l'ex, Ponce Pilate des temps modernes, et certaines têtes mal pensantes de la Drac et de ses services d'archéologie. Oui, je me suis relu, j'ai parlé ici du projet alternatif de Christian Gimonet en me disant pourquoi pas, au cas où. Oui, j'ai signé la pétition en décembre dernier demandant au président-maire de surseoir à la nomination des architectes tant qu'on n'était pas assurés du financement. Oui, encore oui, j'ai réaffirmé qu'il était vraiment étrange, pour ne pas dire, plus, d'abattre, les arbres, même non classés, des pentes de Séraucourt, sans savoir si le budget était bouclé. J'ai même écrit ici que si l'argent ne venait pas on pourrait faire des quelque quatre vingts arbres abattus un immense cercueil pour y enterrer la Culture. Oui, tout cela ...
Les arbres, tiens, parlons-en. L'autre jour je me suis fait verbalement agresser par une harpie, probablement militante de toutes les causes, parce que j'osais avancer l'idée que les cinq arbres malades, abattus rue Vieil-Castel, n'avaient rien à voir avec le dossier de la Macu et qu'il fallait laisser travailler les élagueurs. Qu'un jardin s'entretenait. Qu'il fallait bien parfois sacrifier des arbres pour en replanter d'autres. J'en ai près de cent dans mon jardin. Je n'ai nullement besoin d'une leçon de choses, j'ai passé l'âge ... J'ai coupé l'autre jour un prunier malade et un saule tortueux qui risquait de tomber à la première tempête. Qu'on ne compte donc pas sur moi pour mêler ma voix à celle des défenseurs de pâquerettes.
Les arbres concernés par les fouilles préventives au chantier la Maison de la Culture du XXIème siècle - là je me moque encore un peu - sont donc encore debout. Les opposants au projet et à l'abattage programmé, très actifs sur les réseaux sociaux où il se raconte vraiment des trucs effarants, veillent, jour et nuit, sous une yourte et sous des tentes. Ils ont même procédé la semaine dernière à un baptême des arbres avec parrainage et tout le toin-toin...
Du coup, les élagueurs ne viendront pas tout de suite. Les CRS vont rester dans leur caserne, personne, en haut-lieu, n'a envie que Bourges soit classée dans les villes à risques et entre dans la carte des zones de contestations. Le syndrome Sivens ! Ceux qui n'attendent que l'arrivée des forces de l'ordre pour foutre le bordel peuvent retourner à leurs occupations favorites. Et si quelques skaters restent mobilisés, les autres attendent avec impatience la reconstruction du skate park à Alfred-Depège - je répète que la Ville aurait du commencer par ça, construire avant de démolir.
Et pendant ce temps là, chacun y va de sa prose. On débat, c'est parfait, mais on lit et entend des trucs invraisemblables. Hier matin, au marché, quelqu'un a lancé qu'il ne fallait surtout pas abattre le château d'eau (sic) et qu'il était indispensable de rouvrir le Grand Théâtre de la Macu... Avec gradins en plein air, probablement; à la romaine, au dessus des thermes !
Là dessus, des amis de toujours, s'entre-déchirent. Buisson/Meilland, par exemple. Le premier, partisan depuis le début du nouveau projet, a publié une bien longue tribune libre dans le journal local. Lequel, n'a pas encore publié la bien longue réponse du second - je précise que je n'ai reçu ni l'une, ni l'autre et que je n'en dirai donc pas plus.
Côté politique les élus PS de Bourges soutiennent sur Facebook la contestation alors que les présidents PS de la Région et du Département accompagnés d'un député PS, montent à Paris demander des sous à la ministre de la Culture d'un gouvernement PS. Incroyable, non ? Crédibilité zéro.
Dans leur délire, certains opposants à la nouvelle Maison de la Culture et à l'abattage des arbres ont employé le mot de "Justes" de Séraucourt, sans peser le poids des mots au regard de l'Histoire et des convictions de certains acteurs culturels locaux.
Les Amis de la Maison de la Culture et le Collectif pour la sauvegarde du patrimoine de Séraucourt ont rejoint les contestataires dont la pétition a recueilli plus de cinq mille signatures, ce qui est, il est vrai, respectable et mérite peut-être attention. Mais les pétitionnaires auraient mieux fait de se manifester avant les municipales, le résultat eût peut-être été différent...
Pour donner sa vision des choses, Olivier Atlan, le directeur d'une MCB toujours hors les murs, qui s'était tu jusqu'alors, est enfin sorti de son silence et a répondu au Berry républicain, d'un ton mesuré, d'ailleurs, eu égard aux attaques dont il est victime. Pour, avec lui, défendre le nouveau projet, quelques voix s'élèvent. L'association Double-Cœur a fait son choix, le chanteur Sylvain Picot a publié sur sa page FB une tribune dans laquelle il explique qu'il ne veut pas faire partie du « cortège funèbre ». Cette vague-là va-t-elle grossir ?
Là-dessus, un collectif veut à nouveau débattre ce mardi soir. Mais de quoi ? Tout et son contraire a été dit.
Et maintenant ? L'État, pour calmer le jeu, serait donc bien avisé d'annoncer rapidement s'il compte donner les six millions espérés. Il peut le faire, mais si, mais si... Ensuite, qu'on nous dise, enfin, si le budget est vraiment bouclé. Dans le cas contraire, qu'on passe rapidement à autre chose. Mais surtout qu'on avance, qu'on avance. Car moi, même si mon avenir ne s'inscrira probablement pas dans cette ville, je veux que Bourges retrouve une Maison de la Culture.
Et maintenant, je retourne à mes vins et à mon jardin. À mes arbres.
- Mise à jour/ 26/11/2014.
- A lire sur leberry.fr : le président-maire s'en remet à l'État pour que les arbres soient abattus. On lit sur leberry.fr : « "Pour l'heure, il y a du temps perdu, mais le calendrier ne m'appartient pas. Le problème c'est que perdre du temps peut impacter le coût" déclare le maire. Il souligne également qu'au code de l'urbanisme s'ajoute depuis peu la nécessité de respecter le code du patrimoine, auquel est soumise la zone de Séraucourt, car située dans un périmètre de cinq cents mètres autour de la cathédrale. "Ce dossier est instruit par l'architecte des Bâtiments de France, que j'ai rencontré, ajoute le maire. Il sera ensuite transmis à la préfecture, la préfète ayant trois mois pour se prononcer" ». « Autant dire qu'il peut y avoir des délais supplémentaires », ajoute le journaliste. *
- Par ailleurs un Comité de soutien au projet de construction de la Maison de la Culture vient de se créer : c'est ici. Sa présidente d'honneur est Catherine Tasca, sénatrice et ancienne ministre de la Culture dans le gouvernement Jospin. Pour adhérer à ce comité, se rendre sur le site de la MCB : Comité de soutien.
- Mise à jour /27/11/2014. * Dans l'édition papier du journal local, on peut lire une version un peu différente : « La préfète a trois mois pour se prononcer. J'espère que ça ira vite mais je suis convaincu que la MCB se fera et à cet endroit-là.»