LIVRE. Comme lui, j'ai eu, étant gosse, comme jardin extraordinaire, les marais de Bourges. Un terrain de jeux où nous nous sentions libres comme l'eau qui fuyait dans les coulants. Comme France Camuzat, j'ai appris à nager aux Quatres-Pelles, pêché les grenouilles avec un hameçon à trois branches, avec ou sans chiffon rouge, voire quelques brochets, j'y ai ramassé les écrevisses grises sous les barques, chapardé quelques poires et cerises aigres, appris à reconnaître un ragondin d'un rat musqué, une poule d'eau d'un foulque... J'y ai aidé mon père à ramasser les légumes, ma mère à couper la monnaie du pape et les immortelles qu'elle mettait à sécher pour confectionner des bouquets d'hiver... Voilà pourquoi je me suis évidemment retrouvé dans l' avant-propos du livre qu'il vient de consacrer au marais de Bourges. D'autant que, depuis une quinzaine d'années, j'ai moi aussi mis mes pas dans les pas de mon père, et acheté une parcelle dans les Grands Chenus. Une île... entre le ciel et l'eau, avec deux cabanes et plein d'arbres fruitiers.
France Camuzat a, quant à lui, repris la parcelle de la famille. « Héritage de mon grand-père qui en était locataire, tout comme mon père, puis moi-même au début ». Elle est située dans les marais d'en Haut, les Pains Perdus. À l'heure de la retraite, il s'est beaucoup impliqué dans la vie et la sauvegarde des marais jusqu'à devenir, en 2001, le président de l'Association des Maraichers de Bourges (AMB). Quelques années plus tard, France a commencé à prendre des notes et à fouiller les archives, avec, dans un premier temps, l'idée d'écrire une « modeste brochure baptisée Mémoires du marais, plusieurs fois par an ». « Puis l'idée m'est venue de rassembler ce que j'ai pu apprendre de ces marais, de ces hommes et de ces femmes qui les ont réalisés, les ont fait vivre et les font vivre aujourd'hui » écrit-il. « Un livre sans prétention aucune, une simple pierre, tant il reste à découvrir de l'histoire, riche, complexe, très imbriquée de ces marais et des hommes. »
Du marécage qu'ils furent quand Jules César y embourba ses armées, au site classé et protégé qu'ils sont aujourd'hui, les marais de Bourges n'auront plus de secret pour vous quand vous aurez refermé cette brochure, quasi encyclopédique, consacrée à ce lieu unique en France qu'il faut aimer et protéger. Vous apprendrez tout de son passé, de ses heures de gloire, de la vie des maraitiers qui nourrissaient jadis la ville, de la faune et de la flore, des travaux entrepris chaque année par les maraîchers pour entretenir parcelles et coulants, des réglementations qui gèrent ces 135 hectares classés, aujourd'hui menacés par les friches et l'envasement... Cette brochure n'est pas seulement un livre d'Histoire, c'est aussi un cri d'alarme, un appel à une prise de conscience des Berruyers et des élus. Car, comme le rappelle France Camuzat, citant René Ballet *, « l'équilibre des marais actuels est un équilibre fragile. Il est antinaturel : c'est l'homme qui l'a imposé à la nature. (...) Ici, l'homme ne dit pas "on est chez soi", parce qu'il est passé devant le notaire mais parce qu'il est sur une terre qu'il fait tout les jours et qui se déferait sans lui. Non, les marais ne sont pas "un miracle de la nature". Ce sont des chefs-d'œuvre quotidiens des hommes.»
- Une aventure humaine...Les marais de l'Yèvre, du Langis et de la Voiselle, du marécage aux marais classés. Éditions La Simarre. 25 euros.
* Auteur de Bourges, une affaire de cœur.